« Il nous faut tout faire pour conserver au fil de l’existence cette faculté créatrice de sens : voir, écouter, observer, entendre, toucher, caresser, sentir, humer, gouter, avoir du gouté pour tout, pour les autres , pour la vie » Françoise Héritier, Le sel de la vie



Blog culturel de Lison Burlat, étudiante en communication institutionnelle au CELSA (Sorbonne Université). Cet espace a pour vocation de réunir mes réflexions et découvertes littéraires, radiophoniques, podcastiques, cinématographiques et musicales.




Luc Leruth et l'histoire des castrats italiens dans La 4ème note



Je m'apprête à grimper les escaliers de ma médiathèque pour emprunter un ouvrage, en hésitant entre Une femme à Berlin de Marta Hillers, Le ventre de Paris de Zola, L'art de perdre d'Alice Zeniter ou le premier tome de Masculin Féminin : la pensée de la différence de François Héritier. Lequel choisir ? J'ai toujours du mal à prioriser mes prochaines lectures. Et puis, quand je me balade entre les rayons d'une médiathèque ou d'une librairie, je finis bien souvent par faire un choix impulsif et inattendu. 

Cette fois-ci, c'est un déstockage organisé par ma médiathèque qui m'a détourné de mon objectif d'emprunt initial. Des livres, empilés sur des tables, sur lesquels figurait l'étiquette "Réformé". Pourquoi ces livres sont délaissés soudainement ? 1 euros les 3. Une bonne affaire. Mais surtout, pour être honnête, une affaire de pitié. Oui, ces livres m'ont presque fait de la peine. Les acheter, c'était leur donner une dernière chance d'être lus. C'était l'occasion de choisir des livres inconnus, des auteurs étrangers, inaperçus. 

Alors j'ai acheté, entre autres, La 4ème note de Luc Leruth. Luc Leruth, au départ mathématicien, s'intéresse à l'astronomie et à l'économie. Il enseigne à l'Université de Liège. Il se passionne pour l'écriture. La 4ème note est son premier roman, mais il a également écrit La Machine Magique, un roman d'apprentissage racontant l'éducation sensuelle et scientifique d'un jeune brahmane dans l'Inde du XVIIIème siècle. 

Dans La 4ème note, nous retrouvons en quelques sortes les mémoires du Professeur Moreschi. Alessandro Moreschi a réellement existé : il était un des plus célèbres castrats de la fin du XIXème siècle. À travers ce roman, Luc Leruth raconte son histoire, celle d'un castrat qui souhaite écrire un ouvrage sur l'histoire des castrats italiens. Il relate sa castration, car je le rappelle, un castrat est un chanteur de sexe masculin qui a subit dans son enfance une castration pour conserver sa voix aigüe. Il raconte les rivalités entre les castrats et le difficile apprentissage du chant. 

Mais il pose aussi des questions plus profondes et qui pourraient être facilement actualisées, telles que la place des femmes au Vatican. Faire rentrer des femmes dans les chœurs de l'Eglise, c'était signer l'arrêt de mort de la profession des castrats. Il évoque également la difficile considération des castrats dans la société de l'époque, qui faisaient souvent l'objet de moqueries. Par ailleurs, il nous fait part de ses réflexions plus intimes, relevant notamment de sa sexualité en tant qu'homme castré. 

Ce roman, publié chez Gallimard en 2001, a ainsi suscité ma curiosité et m'a amené à me poser des questions. C'est finalement l'essentiel. Je ne l'aurai certainement pas lu si je n'étais pas tombé dessus un jour de déstockage, mais je dois dire finalement qu'il vaut le coup. S'il n'est pas extraordinaire du point de vue du style, l'histoire est plutôt originale et intéressante. 

Quatrième de couverture - 
«Je m'appelle Moreschi, le Professeur Alessandro Moreschi, jusqu'il y a peu soprano soliste et, officiellement, chef des chœurs de la chapelle Sixtine. Je suis aussi un castrat, le dernier survivant, ou presque, de cette grande famille de chanteurs, maintenant oubliée, mais qui aura connu plus de deux siècles de gloire sur la scène, et presque quatre à la grandeur de Dieu. " De Palestrina à Wagner, d'Ezéchiel à Casanova, et de, Rome à Boston, Vienne et Lyon, le professeur Moreschi (1856-1922) nous emmène dans un périple culturel, religieux et musical, sur fond de Première Guerre mondiale et de révolution dans les chœurs de la chapelle Sixtine. Il nous fait participer à ses débats, dont certains restent étonnamment actuels, sur la place de la femme dans l'Eglise, l'homosexualité et la Bible, et même la meilleure manière de chanter Monteverdi. Il nous présente de flamboyantes divas, des vedettes excentriques et de prolifiques compositeurs. Mais surtout, il nous introduit dans le vrai monde du baroque, à la fois proche et lointain, et dont il nous apprend les secrets.»

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Petit aparté : Dans un tout autre registre, j'ai lu récemment le fabuleux livre de Leila Slimani, Sexe & Mensonge, la vie sexuelle au Maroc, publié aux éditions Les Arènes en 2017. Si cela vous intéresse, j'ai écrit un article à ce sujet pour le webzine culturel Kulturiste. Je vous invite à aller le lire et à vous plonger dans cet ouvrage, qui par de nombreux témoignages, amène à une réflexion intéressante sur la condition sexuelle au Maroc.


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