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Sélection

Plaisirs hebdomadaires #6

Un peu de retard dans mes comptes-rendus hebdomadaires mais il n'est jamais trop tard pour parler de ce qui m'a rendu vivante et m'a fait grandir ces dernières semaines. 
1. J'ai terminé ce matin Les Furtifs d'Alain Damasio, livre de science-fiction qui me faisait de l'oeil depuis un moment. Augustin Trapenard (encore lui, oui) en a d'ailleurs régulièrement fait l'éloge (je vais certainement, d'ailleurs, réécouter l'émission Boomerang faite avec Alain Damasio). Je n'ai pas trop l'habitude de lire des livres de science-fiction mais je m'y mets, doucement, peut-être pour sortir du sentiment de panique qui m'habite en ce début d'année 2020 (ou pour le conforter et agir, peut-être). Les Furtifs est un ouvrage long mais brillant, riche en réflexions et en rebondissements, dans lequel nous suivons des parents qui tentent de retrouver leur fille. Les villes y sont la propriété des multinationales ; la rebellion grandit ; la quête de…

Bilan culturel 2019 (lectures et ciné)

L'envie de faire le bilan de l'année 2019 se fait sentir ; année qui fut riche en découvertes, en lectures, en ciné ; qu'est-ce que j'en retiens ? 

Du côté des lectures 

Commençons par les livres qui m'ont le plus marquée cette année, les livres occupant une grande partie de mon temps libre comme de ma vie étudiante et professionnelle. Il ne s'agit pas nécessairement de livres parus cette année...! J'ai lu des choses assez variées, dans divers genres et formats ; même si je conserve une certaine affinité pour les (auto)biographies et pour la littérature du réel de manière générale. 

Quelques (auto)biographies 


1. J'ai lu avec beaucoup d'émotions et de délicatesse Le lambeau de Philippe Lançon, paru en 2018 dans la collection des éditions Gallimard et lauréat du Prix Femina 2018. Pour info, une édition poche vient de sortir. L'auteur revient sur sa perception de l'attentat survenu dans la rédaction de Charlie Hebdo en 2015, auquel il a survécu, mais aussi sur son vécu post-attentat. Le lambeau est un magnifique témoignage de reconstruction, tant morale que physique ; le rapport au corps prend une place très importante dans le récit. C'est particulièrement bien écrit et, je crois, réellement nécessaire. J'ai bien envie maintenant de lire son dernier ouvrage, Chroniques de l'homme d'avant, paru cet automne aux éditions Les Echappés.

2. Par intérêt pour le reportage au long cours, j'ai lu la biographie de celui qui a donné son nom à Prix prestigieux dans le monde du journalisme : Albert Londres. La biographie de Pierre Assouline (comme la plupart des biographies de Pierre Assouline, je crois), Albert Londres : Vie et mort d'un grand reporter, paru en 1990 chez Gallimard, est particulièrement complète et agréable à lire. La vie (et la mort) d'Albert Londres est plutôt fascinante et éclairante lorsqu'on s'intéresse aux pratiques journalistiques d'hier, d'aujourd'hui et de demain. 


3. J'ai été aussi marquée par le récit autobiographique de William Finnegan paru aux éditions du sous-sol, Jours Barbares, auquel j'ai d'ailleurs dédié un article. J'avais commencé puis laissé de côté cet ouvrage il y a quelques années ; puis finalement, je m'y suis plongée. Une ode au surf, à l'expérimentation, teintée de réflexions philosophiques et anthropologiques. J'ai découvert, au passage, une maison d'édition très intéressante.


Quelques romans


1. Le premier est pour l'instant indétrônable. Il s'agit de Par les routes, de Sylvain Prudhomme. Je n'avais jamais lu cet auteur (je vais sans doute y remédier en lisant d'autres de ses romans en 2020) et j'ai littéralement adoré son dernier roman, paru à la rentrée littéraire 2019 dans la collection L'arbalète des éditions Gallimard. Le style est très fluide, très simple tout en étant très poétique. Je crois que c'est justement ce qui rend le roman magnifique : la simplicité. L'autostop, la France, un écrivain, une traductrice, la route. Cette citation, tirée de la page 43, résume particulièrement bien le propos de ce livre :
« J'ai demandé de quoi le livre parlait. Toujours de la même chose. La vie qui passe. Le temps qui s'en va. C'est tout simple, il n'y a jamais rien de spectaculaire. Simplement les hommes et les femmes qui naissent, grandissent, désirent, deviennent adultes, aiment, n'aiment plus, renoncent à leurs rêves, au contraire s'y accrochent, vieillissent. S'en vont peu à peu, remplacés par d'autres. » 

2. J'ai particulièrement apprécié la lecture du dernier ouvrage d'Arno Geiger, Le grand royaume des ombres, paru dans la collection Du monde entier des éditions Gallimard. C'est l'histoire d'un jeune soldat viennois, qui, blessé pendant la seconde guerre mondiale, se retrouve en convalescence au bord d'un lac autrichien. Là se trouve un camp pour jeunes filles ; l'une d'elle disparaît. Des histoires singulières se croisent dans un registre intimiste et laissent entrevoir un peu de douceur, laissant la guerre en arrière-plan. 

3.  L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera paru initialement aux éditions Gallimard (désolée pour l'omniprésence de cette maison d'édition dans ce bilan !) est aussi un roman qui m'a beaucoup plu, dans le souvenir – assez vague pour être honnête – que j'en garde. Dans chaque chapitre la vie de Tomas et Tereza se mêle à des réflexions sur la vie, telle qu'elle pouvait l'être à Prague en 1968. Certainement un livre que je vais lire une seconde fois. 

4. Dernier roman qui m'a marquée, très récemment : Une vie française de Jean-Paul Dubois, lauréat du Prix Goncourt 2019 pour Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon (que je n'ai pas encore lu). Cela m'a beaucoup fait penser au livre Les années d'Annie Ernaux (je vous en parlais ici). Nous suivons la vie de Paul Blick, petit-fils d'un berger pyrénéen, fils d'une correctrice et d'un concessionnaire automobile, à travers les différentes étapes de sa vie. Chaque chapitre est aussi un chapitre de l'histoire, le livre étant découpé par mandat présidentiel depuis les débuts de la Ve République. Il s'agit, évidemment, d'une vie française parmi d'autres, à laquelle tout le monde ne pourrait s'identifier ; néanmoins, j'ai adoré la simplicité et le réalisme de cet ouvrage qui pourtant, parfois, donne à voir des événements quelque peu inattendus. Mais c'est finalement un peu ça, la vie, quand on la regarde dans son entièreté. 

Quelques essais 


1. Le premier est Chez soi, publié par Mona Chollet aux éditions Zones. Un essai que j'ai emprunté à la bibliothèque mais que je vais certainement acheter pour l'avoir, justement, chez moi. J'ai lu l'an passé Sorcières, essai également publié chez Zones qui a eu un très grand succès et que j'avais aussi bien apprécié, pour la richesse des réflexions apportées, références convoquées et du style d'écriture de Mona Chollet (qui est par ailleurs journaliste au Monde diplomatique). Je n'ai pas été déçue par Chez soi, qui au-delà de ces qualités, traite de sujets qui m'intéressent particulièrement : le rapport à son « chez soi », à l'habitat de manière générale, à la routine, au temps passé en solitaire, à la domesticité (et la pensée féministe n'est jamais loin sur ce sujet...). C'est passionnant.

2. J'ai aussi lu il y a quelques mois les Fragments d'un discours amoureux, de Roland Barthes. Un voyage. Roland Barthes est une figure de la sémiologie dont j'entends très souvent parlé dans le cadre de mes études et que je connaissais notamment pour ses Mythologies (1957) et pour L'Empire des signes (1970). Il s'agit cette fois d'une sorte de lexique du sentiment amoureux et de toutes les émotions qui le composent, de toutes ces petites phrases et moments finalement assez communs. C'est accessible et agréable à lire tout en étant instructif sur nos façons d'aimer.
« Absence. Tout épisode de langage qui met en scène l'absence de l'objet aimé – quelles qu'en soient la cause et la durée – et tend à transformer cette absence en épreuve d'abandon »

3. Parmi les essais lus cette année, je retiens aussi celui d'Arthur Lochmann : La vie solide : la charpente comme éthique du faire aux éditions Payot. Une réflexion intéressante sur le métier de charpentier et au fond, sur notre rapport au métier, à la transmission, au « faire » et à l'artisanat comme philosophie. 

Quelques bandes dessinées


1. Du côté des bandes dessinées, j'ai beaucoup aimé découvrir le travail de Mathieu Sapin à travers les bandes dessinées Journal d'un journal et Le Château. La première est le fruit d'une immersion au sein de la rédaction du journal Libération tandis que dans la seconde, il raconte avec humour les coulisses de l'Elysée pendant le mandat de François Hollande. Des « bandes dessinées du réel » passionnantes. 

2. Je fus très marquée par la lecture de Le travail m'a tué aux éditions Futuropolis, de Grégory Mardon, Hubert Prolongeau et Arnaud Delalande. Une bande dessinée qui traite du mal-être au travail avec beaucoup de pertinence, en suivant la carrière d'un jeune ingénieur automobile. 

3. Pour l'esthétique et l'émotion, je citerais In Waves de Aj Dungo, magnifique roman graphique publié aux éditions Casterman en août 2019. L'amour, le deuil et la résilience y sont traités avec subtilité et délicatesse. 

Du côté du cinéma 

Petite liste (peut-être non exhaustive) de films très appréciés en 2019 (ce n'est pas nécessairement classé par ordre de préférence) : 

1. Alice et le Maire, réal. Nicolas Pariser 
2. 90's, réal. Jonah Hill 
3. 303, réal. Hans Weingartner
4. Sorry we missed you, réal. Ken Loach
5. Les hirondelles de Kaboul, réal. Zabou Breitman 
6. Jusqu'à la garde, réal. Xavier Legrand
7. Ceux qui travaillent, réal. Antoine Russbach
8. Comme si de rien n'était, réal. Eva Trobish 
9. Leto, réal. Kirill Serebrennikov
10. Le silence des autres / El silencio de otros, réal. Almudena Carracedo et Robert Bahar (documentaire)

Sachant que j'ai loupé en salle (avec regret) Green Book (réal. Peter Farrelly), Martin Eden (réal. Pietro Marcello), J'ai perdu mon corps (réal. Jérémy Clapin), Sympathie pour le diable (réal. Guillaume de Fontenay), La Fameuse invasion des ours en Sicile (réal. Lorenzo Mattotti), Pour Sama (réal. Waad Al-Kateab et Edward Watts), et sûrement bien d'autres... 

Espérons que 2020 soit tout aussi riche !

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